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28 Feb

correspondance

Publié par Raphaële

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jeudi 28 février

 

Je ne pouvais manquer de te souhaiter ton anniversaire. Disons en détour et en retour. En retour de celui que tu me souhaitas et qui me prit alors que je buvais un café à même le sol drômois au cœur d’une oliveraie. Je portais ma robe à pois, l’éternelle, je m’en souviens, et j’étais décidée - outre à préparer une salade composée -  à ne recevoir aucun mot de bon anniversaire. Surtout de ta part. Surtout ne pas recevoir de mot d’anniversaire de ta part. Et il arriva. Mais il arriva. Tes mots, en cette fin de matinée ensoleillée et dilettante, me sont montés aux yeux qui fixaient le méandre d’un tronc d’olivier (je parle de l’arbre). Ils me sont montés aux yeux et je m’étonnais de la façon dont on peut s’étonner de marcher encore quand on sait tout le mal qu’on fait à de plus minuscules que soi. Mais nous devons bien avancer et aller d’un endroit à un autre. Le chemin l’exige et nous-mêmes l’exigeons sans y penser. Ces mots ont-ils été écrits sans y penser ? M’est avis que non. Tu as bien du décider à un moment donné. Tu as du décider de l’envoyer. Puis tu as choisi tes mots. Puis tu l’as envoyé. A quoi donc pensais-tu ? A l’outrecuidance de danser dans le lit de mes rides ? Car je dois te l’avouer, mes rides se sont creusées infiniment en ces temps-là, et mes cheveux devenus blancs. Quoique danser ne soit pas ta principale qualité. Pensais-tu endosser le rôle d’un cambrioleur, d’un bandit de grand chemin et contrevenir au rôle de l’absent ? T’es-tu tellement composé ton nouveau personnage, que tu es maintenant du genre à te trouver beau en public ? Avais-tu donc besoin de te rendre public à moi dans le privé ? Je te vois bien avec cette idée. Je peux même t’imaginer, le cœur léger, le sourire en coin, sûr de ton fait, je peux même t’imaginer faire mine de ne pas penser à mal, faire mine de ne pas penser et faire mine d’être totalement naturel et savoir en réalité parfaitement ce que tu faisais. Mais tu n’as pas été beau dans le lit de l’aride. A tes vœux, je n’ai pas réagit tout de suite. Il me fallait d’abord réaliser l’expéditeur. L’expéditeur m’embrassait en fin de message. Il m’embrassait moi. Mais nulle envie. Nulle envie de ce baiser-là. Voilà ma veine, je me suis fait voler le jour de mon anniversaire. Quelques minutes, je me suis fait voler le chant des cigales, le tronc de l’olivier, et un baiser non désiré alors que je ne manquais de rien. Une pilule dure à avaler. Néanmoins elle le fut. Comme quoi, il suffit simplement d’un peu de salive, peut-être de quelque bave et tout s’avale. Et même cul sec ! En ce jour d’anniversaires, je me sens sujette aux vestiges. Peut-être mon passé d’historienne me fait-il retenir trop de dates et tenir le compte des ruines. Pourtant les paysages changent et les ruines sous terre se terrent et finissent par se taire. J’ai changé de vocation. La rumination n’est plus une occupation. Soit je vomis, soit j’avale. A l’heure actuelle, en fin gourmet, je savoure à l’horizon.

Bon anniversaire.


(correspondance inédite d'une inconnue à un inconnu datée de ce jour, année inconnue)

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Calou 28/02/2008 22:12

Au côté de l'olivier j'étais ce jour. Me souviens. Si je puis me permettre, te serre dans mes bras en souvenir. Et ensemble allons cracher sur ces tombes !

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