Un jour, il n’était pas encore là.
Un jour, il a pris forme et pendait dans les flancs.
Un jour, il est arrivé à reculons. Il m'a causé de l'inquiétude. Il était près de minuit. C'était l'hiver.
Un jour, il était là. Minuscule. Ses yeux fermés encore, il était à la merci. J'avais envie de le lui dire : Merci de ta si délicate
fragilité.
Un jour, entre deux gorgées de lait, le voici qui grignote la litière.
Un jour, j'ai ri à le voir et à le regarder.
Un jour, glissant sur le carrelage, le mur est arrivé sur lui de plein fouet.
Un jour, j'ai voulu pousser les murs.
Un jour, j'ai ri comme les autres jours.
Un jour, je lui ai donné un prénom. Je pouvais alors l'appeler. Il venait. Sans appel, il était là. Toujours là. Dans le zig zag de mes
jambes, à la goute du pommeau de la douche, au creux de l'oreiller, sur le clavier de l'ordinateur.
Un jour, j'avisai qu'il était décidément très casanier.
Un jour, je luttai contre l'envahissement des poils noirs. Je le brossai. Il plissait des yeux.
Un jour, j'avais comme un de mes chagrins, il se lovait.
Un jour, je me jetais sur lui pour lui mordre la nuque et je laissai étalé dans un béat ronron.
Un jour, il manquait d'air et je manquai d'air. Je courus - cage - voiture - véto.
Un jour, il surveillait le passage des oiseaux.
Un jour, il était là où j'étais dans le dedans.
Un jour, il chauffait le soleil dans le brillant de ses poils noirs.
Un jour, il manquait d'air. Je courus.
Un jour, il posait sa pate sur ma joue et signifiait la fin de la grasse matinée.
Un jour, il reniflait mes aisselles et retroussait légèrement les babines.
Un jour, il jouait avec l'autre.
Un jour, il ramena un oiseau dans sa gueule, fier comme un caïd. Pas toujours casanier.
Un jour, il prit l'habitude de me regarder écrire, de me regarder prendre un bain, de me regarder manger, de me regarder dormir, de me
regarder lire.
Un jour, je réalisais que non content d'être un intellectuel casanier, c'était un contemplatif.
Un jour, il manquait d'air. Je courus.
Un jour, il faisait mine d'être liquide sur les genoux de mes amis.
Un jour, il faisait mine d'être liquide sur les genoux de mes amants.
Un jour, il était avec moi sans cesse.
Un jour, il manqua d'air.
Un jour, je suis seule.
à la façon de Charles Pennequin,
Un jour, éditions Derrière la salle de bain, collection Poésie électrique, 2003.