Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
03 Dec

warning, fébrilité le chien

Publié par Raphaële Bruyère

 

  Monotype-sans-titre_Jean-_2011Pierre-Ruel.jpg

 

 

Hier, sur une route de montagne, j'ai stoppé la voiture pour ramasser un chien ensanglanté, plein de boue, pour charger un chien triste et fatigué, trainant la patte sur le bord de la route, exténué et inquiet du passage des voitures. Il aurait sans doute marché longtemps encore, légèrement titubant, longtemps sans prendre le temps de s’assoir ou de lécher ses plaies. Portant sans emphase sa silencieuse tragédie. Au bruit des voitures, il aurait encore eu le réflexe de modifier insensiblement la cadence, de risquer un œil de côté, de le reporter devant lui. Encore.


Il aurait continué comme lorsque le masque de la vie se peut, comme lorsque la direction ne se discute pas. A l’Ouest. Il y serait allé, n’aurait pas cessé d’y croire jusqu’au dernier soupir, jusqu’à la dernière secousse. Pas de repos. Une patte devant l’autre, dreadlocks boueuses et tête baissée le chien.

 

Ecart, arrêt rapide, warning, fébrilité. Pas de bas-côtés sur les routes de montagne, pas de bande d’arrêt d’urgence. Une fois déposé sur la banquette, incapable tout à coup de bouger, inerte. Incapable simplement sans plus d’explication. Comme si sur la route, il avait rassemblé et livré sa dernière énergie pour se rapprocher et s'éloigner, pour avancer.


Il était ainsi tout juste soumis à ma bienveillance. Sans même la force de se méfier. Peut-être finirait-il en tranches, découpé par une automobiliste espiègle. Peut-être un fil et une aiguille sans anesthésie. Peut-être une tendresse au coin du feu et un coton tapoté d’alcool. Peut-être un bol. Peut-être rien. Peut-être plus rien. Il semblait vide. Vidé le chien.

 

Je voyais cela bien que son regard fut caché par la boue et le sang. Je voyais cela alors que je me contorsionnais autour du fauteuil conducteur, je voyais cela alors que je tremblais de le voir trembler.

 

Moi transie, le chien aussi.

 

Alors, je lui tapotai la tête, « t'en fais pas va le chien. »

 

 

Ci-dessus

Monotype Sans titre 2011

Jean Pierre Ruel

Commenter cet article

Archives

À propos