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02 Feb

un petit danger confortable

Publié par Raphaële




Si je reste des heures à regarder le pommeau de la douche, j'aimerais que l'on ne m'en fasse pas la remarque. Si je passe un temps infini parfois à regarder le pommeau de la douche, j'ai des raisons et mes raisons même, et je n'aime pas en être dérangé. Je sais que parfois je risque d'être observé tandis que justement je regarde le pommeau de la douche. Il pourra bien arriver, je le sais, d'être regardé regardant le pommeau de la douche et j'aimerais ne pas avoir à rendre de compte du fait qu'il me paraît important de me donner ce temps où je regarde le pommeau de la douche. Je regarde le pommeau de la douche qui goutte malgré tout, qui goutte. Rien n'indique encore de menaces imminentes. Je m'abreuve infiniment de regarder le pommeau de la douche. Je suis parfaitement installé, en éveil néanmoins, parfaitement installé à regarder le pommeau. Parfois je lèche les gouttes qui perlent au pommeau de la douche,
je les goûte et je reste là, installé. Voilà un moment pour moi, je me dis, « voilà un moment où je goûte dans la parfaite maîtrise de ma position tranquille et en éveil ». Les gouttes ne font que goutter incidemment, ni plus ni moins. Le danger où l'on pourrait me voir m'indiffère si tant est que l'on ne m'en détourne pas. Car il est un danger confortable. Et je défie quiconque trouverait un danger aussi confortable à goûter aussi tranquillement et en éveil toutefois. Je reste ainsi sans compter mon temps à regarder le pommeau de la douche, je reste à le regarder avec application. Mais le grand danger des situations tranquilles - bien qu'en éveil -, le grand danger des dangers confortables, c'est qu'il se trouve toujours quelqu'un pour tenter de vous en détourner. Il vient toujours quelqu'un pour me détourner de ma tâche. Je me vois alors souvent obligé de me détourner de ma tâche de veiller sur mon petit danger confortable. Sans doute sont-ils nombreux à jalouser mon danger confortable, à espérer déceler un jour un petit danger à eux qui les laisserait tranquilles et en éveil. Un danger confortable qui les occuperait tranquillement. Je pourrais bien évidemment me rebiffer, je pourrais porter réclamation, me faire les gorges chaudes, et en rabattre les oreilles à l'horizontal. Je pourrais me rebiffer, souffler, griffer et chahuter, en un mot, ceux qui affirment avec un air entendu que « chat échaudé craint l'eau froide ». Je pourrais m'en prendre à tous les amateurs de salle de bain, je pourrais m'en prendre à ceux qui s'imaginent que ma tâche est futile et vaine. Je pourrais m'en prendre à ceux qui rendent un jugement hâtif sur ce qu'ils croient comprendre de la situation et aussi à ceux qui ne voient pas qu'il y a une situation. Je ne m'en prends pas, je pars et j'emmerde les cons, pâtissant de me voir dans cette posture car enfin je n'ai encore jamais empêché qui que ce soit de prendre un bain.



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